Des portes s’ouvrent, une autre se referma quelque temps après, dans le silence du néant, comme une tombe froide, lessivée. Ouah, la phrase, je m’étonnerai toujours… Jim Morrison, sors de ce corps, argh… Bon reprenons le cours normal de cette chronique après cette interruption d’outre bombe, lyrisme littéraire oblige. Décembre 1970, les Doors entrent en studio pour enregistrer le dernier album prévu dans le contrat avec Elektra Records. L’ambiance est pesante, Morrison est coincé entre l’alcool et ce fameux procès pour obscénité lors du concert de Miami où il aurait joué de son sexe comme d’un micro. La cohésion n’est pas là et au fil des jours, les conflits éclatent. Résultat, Paul E. Rothchild claque la porte, putain LE producteur des 5 premiers albums des Doors !!! Le mec se barre œuvrer sur Pearl de Janis Joplin. Bruce Botnick, l’ingé son, décide de produire L.A. Woman avec le groupe. On imagine que c’est lui qui a l’idée d’installer une cabine d’enregistrement dans les chiottes du studio (le son de la voix s’en ressent alors agréablement) pour offrir à Morrison une sorte d’évasion provisoire, avant de décoller pour la France. Car le chanteur semble déjà loin, loin du groupe, de sa vie, de Los Angeles… Il plane dans un entre-deux mortifère. Mais attachons-nous à quelques détails troublants avant de disserter sur les vertus rock de ce sublime chef-d’œuvre et chant du cygne des mythiques portes. C’est avant tout le sixième album, six dans le calendrier de la genèse est le chiffre qui correspond à la création du monde, tout du moins son point final, avant le septième jour du repos (éternel ?). Au Moyen-Âge, le six est considéré comme le symbole de la puissance, puissance virile et blues de la voix de Morrison qui n’a jamais aussi bien chanté. Six, nombre parfait qui est en même temps la somme et le produit de ses diviseurs (1+2+3 = 1x2x3). Pour autant, il est pour les théologiens un chiffre imparfait, le sept incarnant la plénitude, utilisé trois fois (666) pour représenter la bête immonde dans l’Apocalypse. Ce sixième album a-t-il diaboliquement scellé le destin mortel de James Douglas Morrison ? Dernière coïncidence numéraire troublante, le septième album des Doors sans leur charismatique chanteur-poète a pour nom Other Voices… Pour expliquer aussi le détachement physique du Jim à l’époque, beaucoup sont allés de théories en conjectures avec d’autres détails surprenants : comme la pochette. Morrison y apparaît petit, tassé, comme vaincu par les tourments de sa propre vie, il semble même avoir été « ajouté » dans la composition photographique. Quant aux paroles, elles nous révèlent bien plus si l’on prend soin de lire entre les lignes. Par exemple, le vers « I think the bathroom is clear » dans Hyacinth House. S’agit-il de la salle de bain où il enregistra tout l’album ou de celle, plus funeste, de la rue Beautreillis où il trouva la mort ? De même, les jacinthes furent pendant longtemps le symbole de l’élégance (le Morrrison des débuts à la beauté gréco-latine) puis de l’insouciance. De l’insouciance à la perte de tout repère, aux folies du corps et de l’esprit, comme un aller simple vers l’abîme de la tombe, il n’y a qu’un pas. Et comme dit le poète : « C’est toujours là que le sol se dérobe ». Deuxième point nébuleux autour de cette chanson : le solo de Manzarek qui lui fut inspiré par une polonaise de Chopin. Or, Frédéric Chopin mourut à Paris comme Morrison et, comme notre roi lézard, finit ses jours avec cette étrange aversions pour les foules et les applaudissements : « Elles finiront par m'étouffer par leur gentillesse et moi, par gentillesse, je les laisserai faire » avoua t-il à ses proches. Et si l’on veut aller plus loin, on pourrait dire que les nombreux blues, reprises ou nouvelles compositions, sont autant de signaux d’alerte d’une déprime déjà consommée dans les fonds de verres où marinait déjà le vieil alcool de la mort. Car Hiss By My Window étaye largement cette théorie par des paroles à tiroirs, fortement mélancoliques :
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